:: Magazine:: Capitaine Abandonné - Analyse du GP de Monaco    par BFR
 

On pensait Michael Schumacher imbattable, Monaco ne devait être qu’une simple formalité pour le sextuple champion du monde, mais Renault en la personne de Jarno Trulli en avait décidé autrement, et puis survint l’inimaginable Schumacher partit à la faute et fût contraint à l’abandon.

6ème manche du championnat, Monaco constitue un rendez-vous à part pour le monde de la F1. Yachts, limousines, jet set, Monaco est la manche la plus people de la saison. Chaque année de nombreuses célébrités font escale en Principauté pour admirer les bolides filant à plus de 150 kilomètres heures de moyenne entre les barrières de sécurité, frôlant les rails en trajectoires idéales. A Monaco, la moindre erreur est fatale, c’est sans doute pour cela que seuls des grands pilotes comme Fangio, Graham Hill, Alain Prost, Ayrton Senna ont inscrit leur nom au palmarès.

Cette année, les team bénéficieront de plus d’espace dans la pitlane, puisque de nouveaux stands ont été aménagés. Pour ce faire, il a fallu gagner 5000m² sur la mer. Les travaux ont débutés l’an passé et coûtés pas loin de 16 millions de dollars.

D’un point de vue purement technique le circuit de Monaco est réputé pour être le plus lent du championnat avec une vitesse moyenne de seulement 150km/h, et l’épingle du Loews qui se négocie à 45km/h, et nécessite un maximum d’appuis afin de diminuer les distances de freinage, offrir la meilleure adhérence possible dans les virages et de permettre aux pilotes d’en sortir plus rapidement. C’est pour çà que l’on voit, chaque année, apparaître de petits ailerons situés au-dessus de la prise d’air moteur, un plan a également fait son apparition à l’arrière du capot, à l’instar de chez Renault.

Pour être rapide à Monaco, il faut de bons réglages mécaniques. Cela passe par la mise au point des suspensions au niveau des ressorts et de la barre antiroulis, selon une hauteur de caisse donnée. La nature bosselée du tracé oblige les ingénieurs à régler la voiture de manière très souple, tout en gardant la voiture le plus réactif possible, le tracé monégasque ne pardonnant pas l'imprécision. L'accent est également mis sur le carrossage et le parallélisme des roues, afin d'exploiter au mieux les pneus. Ensuite, il y a toute la partie électronique, le différentiel, mais aussi la cartographie du moteur et l'étagement minutieux de la boîte de vitesses, extrêmement sollicitée dans les rues monégasques. Pour corser le tout, l'évolution de l'état de la piste modifie constamment les paramètres, rendant le travail encore plus piégeux pour les pilotes et les ingénieurs. Finalement, ayant pris en compte les exigences techniques, la part du pilotage demeure importante. C'est un des derniers circuits du calendrier qui permet aux pilotes de faire la différence. Le réglage de la voiture étant ce qu'il est, il est possible de grappiller quelques centièmes en adoptant des trajectoires plus ou moins différentes.


Les premières séances libres se déroulent le jeudi, et non le vendredi comme à l’habitude, et c’est Michael Schumacher, qui signe le meilleur temps lors de la première séance de la journée. Alors que le week-end de Ralf Schumacher ne pouvait pas plus mal commencé, le pilote Williams abandonnant sa FW26 dans le deuxième secteur, problème moteur ce qui signifie qu’au mieux il sera 11ème sur la grille le dimanche et comme dépasser à Monaco est mission impossible… voilà qui ne va pas améliorer l’ambiance au sein de la formation britannique. Ralf qui ceci dit en passant devrait annoncer un contrat avec Toyota pour une durée de trois ans à l’occasion du prochain grand prix d’Europe au Nurbürgring.

Mais il n’est pas le seul a connaître des problèmes, Mark Webber qui débouche du tunnel à 300 km/h, voit soudain son moteur fumer. L'australien ralentit en dehors de la trajectoire après la chicane du port et commence à gesticuler de toutes ses forces pour que les commissaires se dépêchent d'intervenir, car son moteur a pris feu ! Finalement, Webber doit arracher l'extincteur des mains du commissaire, resté derrière les barrières de sécurité, pour éteindre lui-même l'incendie sur sa Jaguar. De l'huile s'étant répandue sur la piste, le drapeau rouge est agité.
Après une pause bien méritée, le temps pour les teams de tirer les premiers enseignements de ce week-end monégasque et la voie des stands s’ouvre à nouveau sur le coup de 14 h. La piste c’est améliorée avec un premier dépôt de gomme déposé lors de la première séance.
C’est à nouveau le pilote allemand de chez Ferrari qui signe le meilleur temps, devant la surprise de ce jeudi, le troisième pilote BAR, l’Anglais Anthony Davidson qui fait le deuxième chronos à 4 dixième de Schumacher.

La troisième séance a lieu samedi matin et ce n’est plus une, mais deux monoplaces rouge qui occupent les avant postes, Barrichello, logique-ment derrière Michael.

Dans la quatrième c’est toujours Schumacher devant, mais cette fois c’est au tour de Trulli de venir se mettre en deuxième position.

A ce stade-ci, le rendez-vous de Monte-Carlo semble n’être qu’une simple formalité pour le sextuple champion du monde, visant une sixième victoire sur le rocher.

Mais les choses se compliquent pendant les qualifications, Michael Schumacher ne signant que le 14ème temps tandis que c’est son frère qui prend la tête des opérations devant les deux McLaren qui semblent moins à la peine depuis le début des hostilités que 15 jours auparavant en Espagne.

Deuxième séance de qualification, et première pôle pour Jarno Trulli en 1’13’’985 devant Button, Alonso et Schumacher.



On attendait la pluie, c’est finalement le soleil qui est présent au moment du départ. Du coup 22°C dans l’air et une piste à 34°C.

A 14H, les monoplaces partent pour le tour de formation Trulli menant la meute à un rythme très lent. Au moment de se replacer sur la grille, le Français Olivier Panis sur Toyota connaît un problème, résultat, drapeaux jaune agité et nouvelle procédure de départ.
4 minutes plus tard les pilotes repartent pour un deuxième tour de formation. Cette fois tout le monde regagne son emplacement sur la grille.

Le feux rouge s’allument, à leur extinction Trulli garde la tête suivi par Alonso qui double la BAR de Button au virage de Ste-Dévote. Takuma Sato prend un envol phénoménal touchant la Ferrari de Schumacher et se retrouve quatrième derrière son équipier et devant Raikkonen qui garde sa position devant les deux Ferrari de Schumacher et Barrichello.
L’Autrichien perd le contrôle de sa R5 dans l’épingle du Loews et s’encastre dans le mur. La course par élimination a déjà commencé.

Après un tour, Trulli devance toujours son équipier espagnol devant les deux Jenson Button et Sato dont le moteur Honda laisse échapper des nuées blanches inquiétantes, il explosa d’ailleurs au troisième tour dans un immense nuage de fumée dans le virage du bureau de tabac. Les monoplaces qui le suivent ralentissent tant la visibilité est mauvaise, mais la catastrophe ne peut être évitée : Fisichella percute de plein fouet la MP4/19 de Coulthard, le pilote Sauber s’envole sur l’arrière de la McLaren et retombe à l’envers contre les barrières de sécurité. Les drapeaux jaunes sont à nouveaux agités et la safety-car entre en piste.

Au bout de trois tours, la course est relancée, Montoya fait l’intérieur à Barrichello à Ste-Dévote tandis que Heidfeld ravitaille.
En tête, Jarno Trulli signe une série de records du tour, le meilleur en 1’15’’663. Mark Webber abandonne sa Jaguar à la Rascasse, mauvais week-end pour les verts.

Au 17ème tour, Button rentre aux stands pour effectuer son premier arrêt, pendant ce temps, Trulli améliore le record de la piste en 1’15'491, immédiatement battu par Alonso en 1’15’’295. Raikkonen rentre lui aussi aux stands, Schumacher a donc la voie libre et en profite pour signer des temps canons, établissant le record en 1’14’’439.

Trulli s’engouffre dans la nouvelle allée des stands à la fin du 21ème tour pour ravitailler. Alonso rentre un tour plus tard. Schumacher cravache encore plus pour refaire son retard sur l’italien signant une série de tour à toute vitesse. L’Allemand n’observera son pit stop qu’au 25ème tour, et ressort devant Button et Raikkonen qui abandonnera quelque tour plus tard, mauvais week-end pour McLaren, il avait pourtant bien commencé.
Au environ du 34ème tour, Alonso s’apprête à prendre un tour à Ralf Schumacher dans le tunnel, la Williams garde sa trajectoire, obligeant l’Espagnol à prendre l’extérieur et à se retrouver sur la partie sale de la piste. Il perdra le contrôle de sa R24 et tapera violemment dans le rail, résultat abandon, et deuxième sortie de la voiture de sécurité.

Les pilotes opèrent tous un ravitaillement ou presque, Michael Schumacher reste en piste et s’empare de la tête de la course. La fête ne sera que de courte durée pour l’Allemand, puisqu’il commettra une faute au 46ème tour dans le tunnel, il freine brusquement et bloque sa roue avant gauche, Montoya passe alors par la droite. La Ferrari va taper le rail au même endroit qu’Alonso quelques tour auparavant. C’est l’abandon pour le champion du monde qui ne gagnera pas les 18 manches du championnat.

La safety car rentre au 47ème tour laissant filer Trulli, toujours solide leader, suivi de Button et Barrichello.

En fin de course, Button décide de jouer le tout pour le tout et reviens comme une bombe sur la Renault de l’Italien Jarno Trulli. Le britannique réduit son retard à coup de dixièmes. A moins de 10 tours du terme les visages sont crispés aussi bien chez Renault que chez BAR.

A deux tours de la fin, Button est dans les échappements de Trulli qui n’a pas l’intention de laisser filer sa première victoire aussi près du but. Tous deux passent finalement la ligne d’arrivée dans cet ordre au soulagement de Flavio Briatore et de Jarno qui peut enfin savourer sa première victoire.

(par Benoit Fraikin)

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