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Les combats que ce sont livrés Ferrari et Lotus au cours des années soixante pour le plus grand plaisir des supporters, étaient caractéristiques d'une époque au cours de laquelle le succès des Grands Prix pouvait être assuré même si les principaux protagonistes ne possédaient pas le nec plus ultra en toutes choses. Tandis que Lotus n'eut jamais accès aux moteurs les plus puissants, Ferrari, par un esprit de contradiction qui n'appartenait qu'à lui, choisit de se passer d'un certain nombre de solutions modernes en matière de construction, ce qui permit aux machines de Colin Chapman de se montrer compétitives face à l'onéreuse douze cylindre de Maranello. La conséquence heureuse a été une compétition parfois très serrée. Ce duel s'est poursuivi au cours des années soixante-dix.
Les vieux rivaux ont continué de s'affronter tout au long de la décennie
remportant chacun quatre Titres des Constructeurs. ils eurent également à
subir quelques aléas financiers. En tant que membre de l'empire Fiat depuis
1969, Ferrari n'était plus dans l'obligation de s'appuyer sur les ventes de ses
propres voitures pour financer son secteur compétition et se trouva donc à
l'abri des effets les plus désastreux de la crise pétrolière de 1973 lorsque
les pays producteurs de pétrole firent bloc pour faire monter les prix. Mais
là-bas au Norfolk, Lotus ne disposait pas d'une telle zone de protection. Des
50 modèles initialement prévus, la production de l'Elite, la voiture de
tourisme qui était le gagne pain de la compagnie était tombée au piètre
total de 15 véhicules par semaine. Au cours de cette même année 1974, il a
fallu convaincre John Player, le fabricant de cigarettes et sponsor du Team
Lotus, de ne pas se retirer de la F1 mais dans l'affaire le budget fut réduit
de 40 %. Lotus vit ses résultats en compétition s'effondrer et pendant trois
ans, l'écurie ne figura pas parmi les trois meilleurs constructeurs. Ce fut une
véritable aubaine de voir que la En 1973, la Lotus 72 signa sept victoires mais celles-ci étaient partagées entre Fittipaldi et son nouveau coéquipier Ronnie Peterson ; Stewart, auteur de cinq victoires, allait devenir Champion du Monde des Conducteurs au volant d'une Tyrrell relativement conventionnelle au nez élargi mais ce fut Lotus qui s'adjugea le titre du Meilleur Constructeur. Deux des caractéristiques originales de la Lotus 72 ayant contribué à ses victoires en courses furent son extraordinaire museau en forme de burin - rendu possible par la position des radiateurs de part et d'autre du cockpit de même que les freins inboard à l'avant qui réduisaient le poids non amorti de la suspension à l'avant de la voiture et permettait de conduire celle-ci avec des pneus Firestone à taille basse et à gomme tendre. L'avantage de ces solutions était évident pour tout le monde mais les écuries rivales n'ignoraient pas les incidents provoqués par des pannes de l'arbre de freinage dont l'une est très probablement responsable de l'accident qui coûta la vie à Rindt à Monza. Bien que l'ingénieur Phillippe ait conçu en 1974 une réplique de la Lotus 72 pour l'éphémère écurie de F1 Parnelli appartenant à Vel, rares furent les autres grands concepteurs qui osèrent s'engager sur la voie du freinage inboard bien que Tyrrell l'ait à l'origine expérimenté sur son modèle 005 en 1972. Parnelli pensait que les Firestone étaient si importants que
lorsque la société se retira de la F1 à la fin de 1974, son écurie racheta
tout le stock de pneus de compétition. Lotus s'était déjà tourné vers
Goodyear en 1973 en utilisant de pneus qui étaient d'une dimension et d'une
composition identique pour tous les clients de la société. Il n'était plus
possible de tirer un parti aussi avantageux des freins avant inboard. Une Lotus
76 due au crayon de Ralph Bellamy devait prendre la relève en 1974 mais bien
qu'elle ait intégrée plusieurs caractéristiques de la 72, en particulier les
freins inboard à l'avant, elle n'apportait rien de nouveau et un certain nombre
d'autres innovations telles que le changement de vitesses semi-automatique
géré électroniquement, la conduite à quatre pédales et l'aileron arrière
bi-plan furent considérés comme trop compliqués pour être essayés en
course. Même si les heures de la 72 semblaient désormais comptées, Peterson
réussit pourtant à
Effet de sol Mario Andretti étant de retour en Europe, la Lotus étant
présente en 1976 en tant qu'écurie invitée, l'écurie de Chapman allait
réaliser un come back étonnement rapide. Il va sans dire que l'écurie allait
devoir construire une nouvelle voiture et la base de sa réussite finale allait
être l'effet de sol. Cette innovation technologique que Chapman aimait à
décrire comme quelque chose à partir de rien, allait conférer à ces voitures
un gain de performance plus important encore que le système de freinage inboard
et l'aérodynamique des radiateurs latéraux au début de la Commencée en 1976, la mise au point du modèle 78 fut un processus long et mûrement réfléchi auquel Lotus consacra plus de temps qu'il ne l'avait fait pour aucun autre modèle précédent. Cette mise au point comporta pas moins de 400 heures en soufflerie à Imperial College et Andretti ajouta un certain nombre de suggestions dictées par son expérience en Indycar. Lorsque la voiture fut essayée en secret à Hethel en août, les temps réalisés par Gunnar Nilsson étaient si impressionnants que Chapman prit la décision de lâcher la voiture jusqu'à sa première apparition en course en 1977 afin de diminuer les chances de la concurrence de combler son retard. A sa sortie en janvier, peu avant de s'envoler pour l'Argentine, le modèle 78 fut baptisée 'la voiture à ailerons'. Très souvent en tête des performances d'un bout à l'autre de la saison 1977, elle aurait certainement remporté le titre de Champion du Monde à Andretti ; mais bien que l'Américain ait remporté quatre Grand Prix, il fut aussi inutilement impliqué dans plusieurs collisions. Mais, c'est le manque de fiabilité du moteur - le Cosworth étant tombé en panne à cinq reprises - qui fut le plus préjudiciable. C'est Niki Lauda qui remporta finalement le titre sur Ferrari avec seulement trois victoires.
Les écuries rivales désirant elles aussi profiter de "l'avantage injuste" dont bénéficiait la Lotus, élucidèrent rapidement le secret technologique, qui n'en était plus un, de la 78. Chapman fit forcing pour imposer ses nouvelles solutions mais celles-ci mettaient sérieusement à mal les capacités d'une équipe surmenée. Ni Andretti ni son nouveau coéquipier Carlos Reutemann ne remportèrent une seule course en 1979 car la révolutionnaire 80 utilisait l'effet de sol dans une direction qui n'était pas la bonne. En conséquence, la nouvelle voiture la plus remarquable de l'année 1979 fut la Williams FW08 que son concepteur Patrick Head a décrit avec infiniment de franchise comme "Une Lotus 79 remise en ordre". Il aurait été très difficile de différencier les deux voitures si elles avaient été peintes de la même couleur. Mais la Williams était plus aboutie dans plusieurs domaines, plus particulièrement en ce qui concerne les freins et la résistance aux torsions.
Le moteur de Ferrari
Après avoir remporté le Grand Prix de Hollande avec la B2 sur une piste mouillée, Ickx exigea de reprendre la B1 pour certains des Grand Prix qui suivirent. En dépit de modifications apportées à sa suspension, le nouveau modèle de B2 pour 1972 n'était guère plus convainquant et à maniabilité était loin de valoir celle de la Lotus 72. Mais en de rares occasions, elle se montra majestueuse, tout particulièrement au Nürburgring où Ickx signa la dernière et la plus belle des cinq victoires qu'il remporta pour la Scuderia. Malgré l'exemple de la Lotus 25 de 1962, Ferrari ne s'était résolue à construire une véritable monocoque qu'en 1973. A cause de l'agitation dans les milieux industriels italiens, selon les dires de Ferrari, les premières monocoques de Maranello durent être construites en Angleterre et elles ne furent pas disponibles avant le début de la partie européenne du calendrier. C'était de grandes voitures pataudes qui n'avaient qu'une plage très étroites de maniabilité aux allures limites, ce dont leur faisait grief leurs pilotes Ickx et Merzario. Le problème était devenu tellement sérieux que Ferrari se retira des Grand Prix de Hollande et d'Allemagne. La fin de la saison arriva sans que Ferrari ait remporté une seule victoire en F1. Fiat fit son entrée avant la fin de 1973. L'écurie devait être réorganisée - ce n'était pas la première fois - sous la férule de Luca di Montezemolo, un descendant de Gianni Agnelli alors âgé de 23 ans et diplôme de Columbia University. Mauro Forghieri, qui avait été un peu mis à toutes les sauces, fut rappelé comme directeur technique et Niki Lauda, qui avait déjà été choisi par monsieur Ferrari lui-même, fut convaincu d'interrompre son contrat avec BRM, Clay Regazzoni faisant son retour pour être son coéquipier. Tout l'hiver, on procéda à de longues séances d'essais qui utilisèrent à plein la nouvelle piste d'essai de Fiorano pour peaufiner la mise au point de la B3. La voiture fut tarée d'une façon tout à fait différente et la puissance du moteur fut augmentée. En Argentine, l'équipe se classa au seconde et troisième places. D'un seul coup, Ferrari se retrouvait sur la voie du renouveau. Dans la lutte qui l'opposa toute la saison à Fittipaldi, désormais chez McLaren, pour le titre de Champion du Monde, Lauda fut desservi par son manque d'expérience qui lui fit commettre plusieurs fautes dont la plus grave fut sa sortie de piste au cours du premier tour au Nürburgring. Mais sa victoire lors des deux premiers Grand Prix en Espagne et en Hollande, valurent à l'Autrichien d'être considéré comme un futur champion du monde. Le titre allait revenir à Lauda en 1975, qui inaugura une période dorée de trois ans au cours desquelles il remporta deux titres de Champion du Monde des conducteurs et apporta à la marque trois victoires consécutives au Championnat du Monde des Constructeurs. La voiture qui permit à l'écurie d'exercer une telle domination était la 312 T,'T' signifiant boîte de vitesses 'transversale'. Cette fois encore, un lourd programme d'essais avait précédé la première course et permit à Lauda de tester les limites - plutôt haut placées - de la voiture. Les commentaires cherchaient à expliquer les performances de la voiture par son important avantage en matière de puissance mais ceci ne fut pas toujours très évident. La McLaren de Fittipaldi la talonna bien souvent et à Zandvoort dans un épisode célèbre, James Hunt réussit à contenir Lauda pour signer la seule et unique victoire de Hesketh Racing. A Anderstorp, Lauda dut s'employer à fond pour revenir sur la Brabham de Reutemann qu'il ne parvint à dépasser qu'à 17 tours du but. Malgré tout, sa victoire pour le titre n'était pas usurpée. Il avait remporté cinq épreuves et après onze ans d'attente, avait offert un nouveau titre de Champion du Monde des Pilotes à son écurie. La 312 fut à nouveau remaniée dans la configuration T2 pour 1976. Reconnaissable à l'entrée d'air située en avant du cockpit, ceci faisant suite à une décision visant à éliminer les prises d'air situées dans les parties hautes, de la voiture et introduites en 1975, qui interdisait de placer des éléments de carrosserie au-dessus de la barre anti collisions. Ken Tyrrell contourna ce problème en faisant remarquer que sur ces voitures, les entrées d'air ne faisaient pas partie de la carrosserie mais qu'elles faisaient partie du moteur... La question de savoir si Lauda aurait dû remporter le titre 1976 est affaire d'opinion et donnera toujours matière à conjecture. Lauda lui-même reconnut humblement que dans l'ensemble, cette année-là fut celle de James Hunt. Ce fut en tout cas une année marquée par de nombreux incidents et tout particulièrement par l'accident qui faillit coûter la vie à Lauda au Nürburgring et dont l'atmosphère fut également rendue délétère par les auditions juridiques qui se poursuivirent pendant des semaines. Le verdict de Hunt fut que chacun des deux hommes avait eu sa part de souffrance et que le résultat final était équitable. Si Lauda, de retour à la compétition, n'avait pas abandonné dans la dernière épreuve disputée à Fuji à cause d'une pluie battante qu'il considérait comme trop dangereuse, il aurait pu l'emporter. Mais au moment où Hunt franchissait la ligne en troisième position, c'est Lauda qui était en route pour l'aéroport, et c'était certainement justice. L'accident de Lauda eut des conséquences très importantes à Maranello. Convenu qu'aucun pilote ne pouvait se remettre totalement des traumatismes moraux subits dans un incident d'une telle gravité, Enzo Ferrari avait rapidement conclu un accord avec Reutemann pour succéder à Lauda. L'Argentin fut chargé de mettre au point la voiture de 1977 - qui était une nouvelle variation sur le thème de la 312 transversale - permettant ainsi à Lauda de prendre quelque repos. Mais, l'Autrichien fut horrifié en se rendant compte que le travail de Reutemann ne lui convenait pas du tout. Il attendit pendant deux jours au circuit Paul Ricard le moment d'être autorisé à s'installer dans la voiture puis il annonça avoir réalisé un grand nombre de réglage qui lui permettait d'améliorer le record du tour de Reutemann de plus d'une seconde. Lauda remporta trois courses en 1977 et s'adjugea le titre pour la seconde fois. Il admit volontiers que le mérite en revenait en partie à la fragilité des mécaniques de ses rivaux des autres écuries et particulièrement de la Lotus d'Andretti. Mais Lauda montrait déjà une certaine déception à propos de l'équipe dirigeante qui avait succédé à di Montezemolo l'année précédente et de la presse italienne qui lui mettait le couteau sous la gorge depuis son abandon à Fuji. Il n'avait pas envie de rester et à la mi-saison, il signa un accord pour piloter une Brabham Alfa pour Bernie Ecclestone.
Plus que tout autre paramètre, c'est certainement des pneus Michelin que la T4 tirait le plus grand bénéfice. Leur présence était parfois peu significative par temps chaud mais dans la plupart des conditions de course, ils permettaient de faire la différence. Scheckter et Villeneuve furent traités sur un pied d'égalité jusqu'au Grand Prix de Monaco, la règle étant que celui qui compterait le plus de points au classement obtiendrait le feu vert pour disputer le titre. Villeneuve remporta deux des premières courses du calendrier mais après que Scheckter l'eut emporté dans la principauté, Villeneuve se comporta en parfait gentleman en permettant au Sud Africain de remporter le titre des Conducteurs même si Jody Scheckter eut souvent à s'employer pour obtenir ces résultats. Les deux pilotes entretenaient d'excellents rapports, ils étaient très amis en dehors du circuit et ils s'entraidaient le jour de la course. L'opposition la plus sérieuse fut le fait de la très rapide mais encore peu fiable Williams FW07 de Jones et de Regazzoni. Les deux pilotes de Ferrari se partagèrent six victoires et marquèrent 113 points au classement des Constructeurs, le score le plus élevé de la décennie.
Le moteur Turbo
L'enthousiasme manifesté au départ par Scheckter tourna à la désillusion. Le nombre total de points qu'il obtint au cours de la saison, fut de deux, et à ne parvint même pas à se qualifier pour l'avant-dernière course disputée au Canada. Il annonça son intention de se retirer à l'issue de la dernière épreuve de la saison disputée à Watkins Glen et bien qu'il n'ait terminé la course qu'à une modeste onzième place, ses mécaniciens firent preuve de loyauté en lui faisant une haie d'honneur au moment où il s'engageait dans l'allée des stands à l'issue du tour de ralentissement. Scheckter se leva du siège, monta sur le capuchon qui abritait le nez de la voiture et en descendit sous leurs applaudissements. C'était la fin de la carrière de la T4, du merveilleux douze cylindres à plat de Ferrari et d'un grand pilote, la fin, n'en doutons pas, d'une autre période fascinante sur le plan technique. (Bibliographie : Formule 1 - les cinquante glorieuses) |
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