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Président de la FOCA
Il est donc d'autant plus touchant de constater que l'image d'Ecclestone qui est restée dans les mémoires de ceux qui étaient présent à Monza en 1970 soit la vision d'un homme regagnant péniblement les stands depuis Parabolica, un casque sous le bras. Celui-ci appartenait à son ami Jochen Rindt qui agonisait dans une ambulance. A l'époque le décès de Jochen Rindt paru devoir marquer la fin de l'engagement un peu superficiel d'Ecclestone vis-à-vis du sport automobile. A Casablanca douze ans plus tôt, il avait pris place dans un avion à côté de la civière transportant un autre ami proche, Stewart Lewis-Evans. Affreusement brûlé dans l'accident de sa Vanwall au cours du Grand Prix du Maroc en 1958, à cause d'une transmission grippée, le jeune prodige âgée de 28 ans devait décéder 6 jours plus tard. Mais les événements touchants, comme la Formule 1 allait s'en rendre compte, n'ont jamais joués un rôle significatif dans les relations commerciales de Bernie Ecclestone. Moins d'un an après le décès de Rindt, il achète à Jack Brabham, la moitié de ses parts dans l'écurie qui porte son nom, lorsque le triple champion du monde prend sa retraite. Ron Tauranac, le deuxième actionnaire et l'ingénieur de l'écurie, ne tiendra pas longtemps. En 1972, Bernie a les pleins pouvoirs chez Brabham, et trouve rapidement en Gordon Murray un ingénieur génial. Dès lors, il lance son plan de conquête de la Formule Un, en s'appuyant sur Colin Chapman (Lotus), Teddy Mayer (McLaren), Ken Tyrrell, et Max Mosley (le "M" fondateur de March). Premier objectif : donner du poids à la Formula One Constructors Association, en défendant les intérêts des écuries. Il exigea des organisateurs de course un fond minimal pour financer les gains des participants qui étaient répartis selon une formule arrêtée à l'avance en fonction des résultats obtenus par chacune des écuries. La politique d'Ecclestone, de commercialisation à tout va aboutit à la prise de pouvoir d'un seul homme dans un sport mal soutenu par une FIA à l'esprit étroit. Ceci devait être à l'origine de la guerre sans merci que se livrèrent la FISA et la FOCA en 1980 et 1981.
Montée en puissance En 1978, cependant, face à Ecclestone, un obstacle se dresse. A la tête de la Commission Sportive Internationale de la Fédération Internationale de l'Automobile, un nouveau président est élu : Jean-Marie Balestre. Un fin politique, homme de pouvoir et de médias, redoutable négociateur, disposant de puissants appuis et d'une terrible ténacité. Son duel avec Ecclestone sera à la fois déterminant et sans influence. Fin 1978, Ecclestone a mis la main sur le GP d'Allemagne, puis viendront l'Afrique du Sud, le Brésil... Et à chaque fois, il s'assure la possession des droits de retransmission TV. Evidemment, côté Fédération, Balestre fulmine, et cherche les ouvertures. Pour contourner le piège financier mis au point par Ecclestone, il tente de ressusciter l'association des pilotes de Grand Prix, phagocytée par Ecclestone une fois devenue inutile. Mais les stars sont devenues, argent aidant, trop individualistes, et seul Didier Pironi parviendra à redonner une dernière fois un semblant de dignité au combat des pilotes pour leurs droits et leur respect en prenant la tête de leur fameux mouvement de grève lors du GP d'Afrique du Sud 1982. En 1980, les artisans de la FOCA trichent impunément avec les règlements (la fameuse pantalonnade des réservoirs d'eau de refroidissement des freins !), et le pouvoir sportif, malgré des manifestations d'autorité, en Belgique et en Espagne, est ridiculisé. FISA et FOCA rentrent au vestiaire dos à dos. L'opposition entre FISA et FOCA relève aussi de la technique, les Grands Constructeurs "légitimistes" présentant des voitures bien motorisées, les artisans des monoplaces aérodynamiquement supérieures. Aussi, lorsque la FISA interdit les jupes aux "wing-cars", la FOCA y voit une atteinte à ses adhérents. Écran de fumée. Le vrai enjeu est financier. Balestre tente d'affaiblir le poids des artisans dans le plateau, et leur impact médiatique. Donc le poids de la FOCA qui les fédère, en espérant la désunir à terme. De façon à redonner du poids à la FISA dans sa reconquête de la Toison d'Or télévisuelle. Mais il faut donner du grain à moudre à la presse, et lui cacher la vraie partie. Ecclestone et Balestre, de ce point de vue, agissent en parfaite intelligence réciproque. De 1980 à 1983, le pouvoir sportif oscille encore entre la FOCA et la FISA. Entre Ecclestone et Balestre. En 1983, tout sera définitivement enterré en coulisse, et la voie royale s'ouvrira à Bernie. Mais auparavant, le match aura été intense. La FISA poursuit son avantage . En avril, le congrès de la Fédération, réuni à Casablanca, prononce un bouleversement technique pour 1983. Tollé. Les écuries britanniques refusent de courir à Imola. La crise s'apaise dès le GP suivant, en Belgique, d'autant plus qu'il est marqué par la mort de Gilles Villeneuve. Le silence s'abat sur la F1, encore frappée par la mort de Paletti et l'accident de Pironi. En 1982, les négociations ont donc lieu en coulisse, et aboutissent à l'accord de la concorde rédigé sous le contrôle de celui qui était alors le lieutenant d'Ecclestone, Max Mosley. Les concessions d'Ecclestone au pouvoir sportif lui vaudront une totale impunité quand, l'année suivante, sa Brabham-BMW illégale (moteur et carburant) battra la Renault de Prost dans le dernier GP. Billancourt, refusant d'aller chercher un titre sur tapis vert, ne posera pas réclamation et perdra Prost. Au-dessus des partis, au-dessus des lois, l'autorité de Bernie sur la F1 est dès lors établie.
Propriétaire virtuel Entré en possession virtuelle du système, il ne restait à Ecclestone qu’à pérenniser son empire pour pouvoir s’en retirer et le vendre au prix fort. Afin de parvenir à ces fins, il prit patience, se fit nommer à la vice-présidence de la FISA, attendit la fin du mandat de Jean-Marie Balestre, et installa Max Mosley à la présidence de la FISA et de la FIA. Dès lors, entre les deux vieux complices, plus rien n’était impossible. Un accord secret est passé aux alentours de 1993 à 1995. Le contenu général et ses conséquences le sont moins, à savoir la réversion de 25% des droits TV à la FISA par la FOCA, en échange d’un contrat -illégal - liant la fédération à la holding de la FOCA, la Formula One Holding. Mais le voile du mystère a, dans une certaine mesure, été dissipé suite à la vigilance dont firent tout naturellement preuve les banquiers à la suite de la décision prise par Ecclestone au début de l'année 1997 de privatiser ses biens commerciaux. C'est sur la base de ces révélations que trois écuries en F1, en plus de la Commission des Compétitions sportives de l'Union Européenne, prirent conscience de l'étendue des sommes amassées par ce dernier.
Après tout, ce qu'Ecclestone sait faire de mieux, c'est de vendre le prestige de la Formule 1. Un jour viendra bien sûr où il devra renoncer à sa main mise sur l'empire qui a fait sa fortune et sur beaucoup de choses, mais comme pour ses contrat, il sait garder le mystère et nul autre que lui ne peut savoir à l'heure actuelle de quoi sera fait l'après-Ecclestone. La Formule 1 est un spectacle, un divertissement, qui met en jeu des sommes considérables, concentrant des intérêts faramineux, sans grande rationalité par rapport à la raison humaine, générant donc des passions folles. Cela, Bernie l'a compris, et c'est ainsi qu'il vend son produit. Dans tout le système, il est sans doute l'un de ceux qui a le plus les pieds sur terre et l'un des dernier à rester véritablement secret. Mais sous sa dictature - généralement - bienveillante, La Formule 1, elle, n'est certainement pas restée là où elle était. (Bibliographie : Formule 1 - Les cinquante glorieuses - Dossier Montariol) |
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